Axer le leadership du Canada en santé mondiale sur les femmes

Les attentes sont grandes pour la conférence mondiale Women Deliver que le Canada accueillera en 2019. C’est l’occasion pour le pays de jouer un rôle de chef de file en matière de santé des femmes et des filles.

Trudeau with women and children.

 

En 2019, le Canada accueillera Women Deliver, la plus importante conférence mondiale consacrée aux filles et aux femmes. Quelques mois plus tard, une grande partie du financement actuel du Canada destiné à la santé des femmes et des filles prendra fin. Il s’agit d’une excellente occasion pour le gouvernement fédéral de façonner l’avenir du leadership canadien en matière de santé mondiale. Quels changements le Canada doit-il apporter pour tenir son engagement de soutien à l’égard des femmes et des filles les plus pauvres dans le monde? En avril dernier, CanSFE, un groupe de coordination de 94 organismes qui se consacrent à la santé des femmes et des enfants a organisé une conférence afin de répondre à cette question. Dans un rapport à venir, nous avons cerné les domaines suivants sur lesquels le Canada devrait porter son attention :

Transformer les relations entre les sexes

Le leadership canadien en matière de santé des femmes et des enfants doit transformer la relation entre les sexes. Les normes sociales et culturelles et les dynamiques de pouvoir sont les principales causes de la mauvaise santé et d’un accès aux soins limité en raison du manque d’information, d’éducation, d’autonomie et d’habilitation. Par exemple, on ne peut pas simplement donner à une femme une méthode de contraception et s’attendre à ce qu’elle puisse l’utiliser. Dans de nombreuses régions du monde, la honte et la stigmatisation sont au cœur des problèmes de santé des femmes. Il faut travailler en étroite collaboration avec les groupes communautaires et les dirigeants locaux pour mieux comprendre et changer les normes, les mythes et les stéréotypes nuisibles.

Approche intégrée

L’amélioration de la santé ne consiste pas seulement à fournir des soins et des services de santé. Nous devons également considérer d’autres facteurs critiques qui ont une incidence sur la santé. Par exemple, pour avoir une meilleure hygiène menstruelle, il faut avoir accès à des salles de bain convenables dans les écoles. Pour avoir un taux plus bas de naissances prématurées, il faut comprendre que la violence interpersonnelle est un facteur de risque important. Pour améliorer la santé des adolescents, il faut qu’on s’attaque au problème des mariages forcés. Finalement, pour avoir un taux de vaccination infantile plus élevé, il faut éduquer les mères sur la décision de vacciner leur enfant et leur permettre de le faire.

Sensibilisation des personnes les plus vulnérables et difficiles à atteindre

Tous craignent que nos efforts n’atteignent pas les personnes les plus vulnérables et marginalisées. Les iniquités existantes sont souvent masquées par des données moyennes qui poussent à considérer le progrès chez certains groupes de personnes comme un progrès pour tous les groupes. En partant d’une approche fondée sur les droits de la personne qui considèrent que chaque vie a une valeur égale à celles des autres, nous devons éviter de choisir «la solution facile» et d’en faire davantage pour réaliser des progrès universels.

Changement institutionnel et systémique

Une grande partie de notre travail jusqu’à présent a été axée sur les personnes ou les ménages, et il faut maintenant concentrer nos efforts sur une transformation permanente à tous les niveaux – individuel, organisationnel, communautaire et national. Les projets limités dans le temps et axés sur les résultats peuvent devenir fragmentés et temporaires s’ils ne font pas partie d’une stratégie cohérente de transformation permanente, guidée par les Objectifs de développement durable(ODD) de l’ONU et d’autres structures.

Un changement systémique et institutionnel est essentiel à l’amélioration générale de la santé et des systèmes de santé. Parmi ces améliorations, comptons notamment l’assurance maladie universelle, le renforcement des capacités à collecter des données à l’échelle nationale et une meilleure gestion de la chaîne d’approvisionnement pour un accès accru à la vaccination.

Répercussions et données

Nous devons changer notre façon de concevoir les choses, en finir de simplement rapporter nos activités et nos résultats aux donateurs et commencer à voir les efforts canadiens comme faisant partie d’un projet mondial visant à faire des progrès par rapport aux ODD et d’autres structures internationales. Pour ce faire, nous devons mieux comprendre comment les efforts mènent à des résultats, non seulement pour des projets précis, mais aussi aux niveaux infranational, national et régional.

Nous devons fixer des objectifs non seulement pour chaque programme, mais pour l’ensemble de notre travail. Nous ne réussirons pas si nous ne définissons pas d’abord le travail, pour ensuite faire la collecte des données et établir des points de contrôle nous permettant de corriger le tir au besoin. Nous avons besoin de données accrues et de meilleure qualité, surtout sur les personnes les plus difficiles à atteindre, et nous avons besoin d’indicateurs normalisés pour suivre les progrès.

Partenariat féministe

Les relations inégales ne sont pas féministes. Une approche féministe au partenariat signifie un changement conceptuel. On ne voit plus les gens comme des clients ou des bénéficiaires, mais plutôt comme des partenaires actifs et ayant un certain pouvoir ainsi que des leaders visant le succès collectif. Cette approche demande d’être à l’écoute de la population et des organisations locales et de les faire participer de façon significative en tant que leaders.

Pour passer au développement durable, il faut considérer les solutions comme étant élaborées et détenues par la communauté et le pays. Les donateurs et les responsables de la mise en œuvre doivent se considérer comme des contributeurs aux efforts menés par les pays.

Promotion et volonté politique

La promotion est essentielle pour s’attaquer aux causes profondes de la mauvaise santé, comme les obstacles systémiques, juridiques et institutionnels. La marginalisation est le résultat de politiques, de lois et de pratiques délibérées, et la promotion est une stratégie intégrale pour atteindre les personnes les plus vulnérables et marginalisées.

La promotion des intérêts stimule la demande locale et nationale de services améliorés et de meilleurs résultats. Sans elle, il est peu probable qu’il y ait la volonté politique d’augmenter les ressources nationales ou l’aide publique au développement pour combler les lacunes dans le financement pour la santé des femmes et des enfants.

Bien que le G7 ait certainement permis de faire progresser l’éducation des femmes et des filles, il n’a malheureusement pas été en mesure de faire avancer des questions dites délicates comme la santé des femmes. Pourtant, le Canada doit continuer d’être un chef de file en matière de santé des femmes et des enfants, et doit trouver d’autres endroits dans le monde à cet égard. Les enjeux pour les femmes et les filles de partout sur la planète sont trop importants pour que nous échouions. Nous ne pouvons pas nous permettre des ratés au niveau du financement, des politiques ou du leadership. Les attentes sont élevées pour le leadership canadien alors que Canada sera l’hôte de la conférence mondiale Women Deliver l’an prochain à Vancouver. Nous avons hâte de travailler avec les femmes et les filles de l’hémisphère Sud, ainsi qu’avec les gouvernements et la société civile, pour façonner cette prochaine phase du leadership canadien.

LAUREN DOBSON-HUGHES

Laurens Dobson-Hughes est consultante et se spécialise dans les domaines de l’égalité des sexes, de la santé et des droits. Auparavant, elle a été directrice générale d’une ONG de développement international et présidente sortante de Planned Parenthood. Laurens a travaillé pour le regretté chef du NPD, Jack Layton.

JULIA ANDERSON

Julia Anderson est directrice principale des programmes et des opérations de CanSFE, le groupe de coordination de 94 organismes pour la santé des femmes et des enfants. Elle a occupé plusieurs postes dans le secteur des organismes sans but lucratif et dans le milieu universitaire. Elle est titulaire d’une maîtrise en études canadiennes et autochtones de l’Université Trent.

Cet article a été publié en anglais le 26 juin 2018.

Published:

juillet 3, 2018


Auteur:

Lauren Dobson-Hughes & Julia Anderson


Catégories:


Partager cette publication:


Icon