L’effervescence qui anime New York en septembre se prolonge bien au-delà des sessions officielles de l’Assemblée générale des Nations Unies (UNGA). Une fois l’attention médiatique retombée, les discussions sur l’avenir de la santé mondiale et les actions à poser pour préserver les progrès réalisés continuent d’influencer les mois qui suivent.
Au-delà des sessions officielles, la semaine s’est déroulée dans l’écosystème typique de l’UNGA : petits-déjeuners tôt le matin, partenariats qui se tissent autour d’un café, et réceptions en soirée où prennent forme, souvent discrètement, les prochaines collaborations.
Cette année marquait la première participation du premier ministre Mark Carney à l’UNGA, et plusieurs souhaitaient voir comment le Canada allait présenter sa vision de la coopération mondiale. Son entrevue avec le Conseil des relations extérieures, ainsi que l’annonce d’une nouvelle aide internationale de plus de 200 millions $, ont envoyé des signaux encourageants, dans un contexte où le système multilatéral fait face à de fortes pressions. En attendant le dépôt du budget fédéral le 4 novembre, nous espérons que ces gestes marquent une première étape vers la confirmation que la santé et les droits demeurent au cœur du leadership mondial du Canada, et que l’Engagement de 10 ans en matière de santé et de droits dans le monde sera maintenu grâce à des investissements plus ambitieux et durables.
À l’UNGA, la santé était au cœur des discussions. De la SDSR à la santé maternelle, en passant par la nutrition, la santé mentale et la montée des maladies non transmissibles, le message était clair : la santé des femmes et des enfants ne peut être traitée comme un domaine isolé. Nos politiques et nos investissements doivent désormais adopter une approche intégrée.
Lors de la réunion de haut niveau des Nations Unies sur la prévention et la prise en charge des maladies non transmissibles ainsi que sur la promotion de la santé mentale, les leaders mondiaux et les défenseur·euses ont réclamé une approche intégrée, qui reconnait les croisements entre les parcours de vie, les systèmes et les résultats en santé. L’élan est palpable, mais le financement demeure précaire. Le défi consiste à renforcer des continuums de soins plus complets, qui intègrent prévention, traitement et bien-être pour répondre à toute la gamme des besoins en santé.
Ce thème a trouvé écho dans les échanges animés par le Partenariat pour la santé maternelle, néonatale et infantile, Fòs Feminista et MSI Reproductive Choices, où l’urgence de protéger la SDSR a été clairement affirmée. Les avancées durement obtenues sont aujourd’hui menacées. Dans un contexte de pressions financières croissantes et de rétrécissement de l’espace politique, il est plus que jamais essentiel de maintenir le cap sur la SDSR pour pouvoir atteindre l’ensemble des objectifs en matière de santé et de développement.
Ce qui est également ressorti, c’est le regain d’importance accordée à la proximité et à la confiance. Les femmes qui travaillent en clinique, les jeunes militant·es qui conçoivent des solutions locales et les organisations communautaires qui adaptent leurs services en contexte de crise ne sont pas des acteurs de second plan. Ils forment le socle de systèmes de santé résilients. C’est en s’assurant que les nouveaux investissements leur parviennent et renforcent leur capacité d’action que l’on pourra mesurer si cette démonstration de leadership canadien en santé mondiale se traduit bel et bien par un impact durable.
L’UNGA a confirmé que les approches traditionnelles ne suffisent plus. Les modèles classiques d’aide et de financement de la santé montrent leurs limites, alors que les principaux bailleurs se désengagent et que l’écart se creuse entre les ambitions mondiales et les ressources disponibles. Les discussions à New York ont souligné l’urgence de mettre en place des mécanismes de financement innovants et équitables qui dépassent les projets à court terme et les déséquilibres de pouvoir, et qui acheminent les ressources là où elles auront le plus d’impact. Repenser le système de santé mondial pour qu’il n’exclue personne n’a rien de radical : c’est une nécessité.
La suite des choses marquera bien plus qu’un simple cycle politique. Ce sera l’occasion de voir si le Canada est prêt à assumer un rôle de premier plan dans l’établissement d’un système de santé mondial fondé sur l’équité, la confiance et un objectif commun.
Publié:
27 octobre 2025
Auteur:
Charmaine Crockett, DG par intérim, et Megan Aikens, directrice des partenariats stratégiques et de l’égalité des genres, Partenariat canadien pour la santé des femmes et des enfants (CanSFE)
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