Alors que la Syrie entame un nouveau chapitre à la suite de la chute du régime Assad à la fin de 2024, le paysage humanitaire se trouve à la croisée des chemins, marqué à la fois par des besoins urgents et par des occasions de renouveau.
Depuis des années, Human Concern International (HCI) accompagne les familles syriennes en répondant aux conflits, aux déplacements et aux catastrophes naturelles par des secours vitaux et des efforts de réhabilitation. Ces expériences ont rappelé que la reconstruction véritable ne se limite pas aux infrastructures. Elle consiste à restaurer la dignité, à renforcer les familles et à cultiver la résilience face à des épreuves inimaginables.
Dans le nord-ouest de la Syrie, les familles déplacées continuent de subir des cycles répétés de traumatismes et de pertes. Les enfants et les personnes qui en prennent soin affrontent un stress psychosocial intense et des risques élevés pour leur sécurité, y compris la menace constante des restes explosifs de guerre. Les jeunes, pour leur part, doivent composer avec une scolarité perturbée et des perspectives limitées d’emploi.
Face à cette réalité, HCI a mis en place une intervention rapide de protection, comprenant du soutien psychosocial, des ateliers de parentalité, de la gestion de cas et des formations axées sur les compétences pour les jeunes. Ces efforts contribuent à raviver l’espoir et à jeter les bases d’une résilience durable.

Ce qui devait être une rentrée scolaire empreinte de joie s’est transformé en cauchemar qui hantera à jamais les rêves de Mohammad et de son frère Abdel.
Le jour de la rentrée, après des mois d’exil, ils ont traversé leur village désormais libéré mais récemment bombardé, les yeux brillants d’espoir à l’idée de reprendre le fil de leur enfance. Mais sur la route du retour, la guerre les guettait encore, cachée dans la menace mortelle des munitions non explosées.
Ils ne savaient pas que cet objet de métal abandonné au sol cachait une mort silencieuse. Ils ne savaient pas qu’en le touchant, leur vie volerait en éclats. L’obus a explosé dans les mains de Mohammad, et à cet instant, le cœur de sa mère s’est consumé avant le corps de son fils.
À l’hôpital, où la douleur se mesure davantage en larmes qu’en blessures, Abdel a perdu une partie de ses doigts, un œil, et a subi une blessure profonde à la cuisse. L’état de Mohammad était encore plus accablant : les deux bras amputés jusqu’aux coudes, un œil détruit, les intestins déchirés et une hémorragie massive qui l’a maintenu entre la vie et la mort pendant dix jours aux soins intensifs, suivis de plus d’un mois de douleurs insoutenables.
Quand Mohammad est enfin rentré « chez lui », ce fut pour retrouver une tente en lambeaux, sans électricité, sans chaleur, sans école, sans enfants qui jouent. Il semblait qu’un simple coup de vent suffisait à aviver ses blessures. Sa mère retenait ses larmes en changeant ses pansements, tandis que Mohammad forçait un sourire pour l’empêcher de s’effondrer. Dans ce silence, seuls les pigeons lui apportaient du réconfort. Ces oiseaux devinrent ses seuls compagnons, après que la guerre eut emporté ses amis, ses jeux et son école. Son corps s’est peu à peu rétabli, mais son esprit souffre encore chaque fois qu’il se souvient qu’il n’est plus l’enfant qu’il était autrefois.
Mohammad a encore besoin d’un appui essentiel pour obtenir un abri permanent, une prothèse de bras et une lentille prothétique, mais le soutien psychosocial de HCI lui a permis, ainsi qu’à son frère, d’acquérir des stratégies d’adaptation par l’entremise d’activités récréatives. Pour renforcer leur résilience, HCI leur a également fourni un ventilateur solaire et une tablette éducative. Grâce à ces efforts, les sourires ont refait surface!

À Damas, où les personnes en situation de handicap font souvent face à l’exclusion et à la stigmatisation, HCI a lancé le programme de formation de formateur·trices afin de promouvoir l’inclusion et le renforcement du pouvoir des participant·es. Parmi les participant·es se trouvait Rania, une jeune femme résolue à transcender ses circonstances.
Avec l’appui de HCI, Rania a surmonté des défis à la fois physiques et psychologiques, passant du rôle de participante à celui de formatrice. Elle a ainsi commencé à animer des séances telles que « Se dépasser », pendant lesquelles des personnes en situation de handicap et leur famille peuvent raconter leur histoire, renforcer leur résilience et retrouver confiance.
Le parcours de Rania illustre comment de telles interventions ouvrent des voies permettant aux personnes vulnérables non seulement de rebâtir leur vie, mais aussi de devenir des modèles capables d’inspirer des communautés entières.

Le projet a démontré que des interventions de protection intégrées peuvent avoir un effet transformateur dans les communautés touchées par une crise. En élargissant l’accès aux services, en favorisant le rétablissement psychosocial, en soutenant les familles et renforçant le pouvoir des jeunes, il a tracé des chemins vers la résilience et la dignité là où l’espoir avait disparu. La participation communautaire et un suivi soutenu ont assuré que les changements dépassent la sphère individuelle – bâtissant confiance, sentiment d’appartenance et leadership qui perdureront bien au-delà de la fin du projet.
Ces récits rappellent l’urgence d’investir dans le soutien psychosocial, les services de protection et le renforcement du pouvoir des communautés en Syrie. Des enfants comme Abdel nous montrent que la guérison devient possible quand des lieux sûrs et des soins continus sont présents. De jeunes leaders comme Rania prouvent que des occasions axées sur l’inclusion peuvent révéler un potentiel transformateur. Et le courage de Mohammad démontre que, même dans les circonstances les plus sombres, l’espoir demeure dès lors qu’on répond avec compassion et constance.
Face au déplacement, au traumatisme et à la pauvreté, offrir de l’aide ne suffit pas. Il faut aussi cultiver la résilience, redonner la dignité et avancer aux côtés de ceux et celles qui continuent de rêver à de meilleurs lendemains. Leur courage nous oblige à agir, car en Syrie, la résilience n’est pas qu’une question de survie; elle est le socle sur lequel se reconstruit l’espoir.
Publié:
25 septembre 2025
Auteur:
Soniya Warraich | Agente principale de programme, Aide humanitaire d’urgence
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