
Lors d’une crise humanitaire, toute interruption des services de santé peut entraîner des conséquences fatales. Les femmes, les filles et les personnes historiquement marginalisées font face à des obstacles accrus pour accéder aux soins. Elles présentent également un risque plus élevé de grossesse non désirée, de complications obstétricales, de violence fondée sur le genre et d’infection au VIH. Pourtant, il y a moins de trente ans, les services de santé et de droits sexuels et reproductifs (SDSR) ne faisaient pratiquement pas partie des interventions d’urgence.
Sarah Knaster, coordonnatrice du Groupe de travail interorganisations sur la santé reproductive en situation de crise (IAWG), constate cette lacune tôt dans sa carrière. Elle amorce son parcours en santé publique comme chargée d’événements chez Médecins sans frontières, avant de rejoindre le Guttmacher Institute, un groupe de réflexion sur la santé sexuelle et reproductive (SSR). Les lacunes en matière de SSR et la politisation de la santé des femmes sont déjà évidentes à ce stade de son parcours. « On ne peut pas parler des droits de la personne sans reconnaître leurs liens avec la santé, ni sans admettre à quel point nous négligeons les besoins des femmes et des filles », explique-t-elle.
Elle entreprend ensuite une maîtrise en santé publique, au cours de laquelle elle mène une étude de référence sur la planification familiale auprès de la population réfugiée birmane à Kuala Lumpur. Cette expérience consolide son engagement envers la SDSR. « En constatant l’impact de ces services sur la vie des gens, et les conséquences de leur absence, j’ai pris conscience de la réalité. En voyant comment la SDSR était reléguée au second plan et mise de côté, ma passion pour ce travail est née. J’ai compris que je voulais faire partie de la communauté qui s’efforce de changer les choses. »
L’IAWG a été fondé en 1995, à la suite de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD) tenue au Caire, où des dirigeants mondiaux se sont engagés officiellement, pour la première fois, à renforcer les services de santé reproductive destinés aux populations réfugiées. À une époque où la SSR ne faisait pratiquement pas partie de l’action humanitaire, l’IAWG a mobilisé des partenaires engagés à l’intégrer dès le début d’une urgence et tout au long du cycle d’intervention, jusqu’au rétablissement.
C’est là qu’est né un concept à la fois simple et révolutionnaire : le Dispositif minimum d’urgence pour la santé sexuelle et reproductive en situation de crise (DMU), un ensemble d’interventions essentielles et vitales en matière de SSR qui doivent être déployées dans les 48 heures suivant toute situation d’urgence. « La santé reproductive est souvent perçue comme accessoire, voire comme un luxe irréaliste en situation d’urgence, explique Mme Knaster. Le DMU contribue à renverser cette perception. Il pose la SSR comme essentielle et montre, en s’appuyant sur des données probantes, qu’elle peut être intégrée aux interventions, même dans les contextes les plus restrictifs. »
Aujourd’hui, l’IAWG est une coalition de plus de 100 organisations et membres individuels, qui contribue à l’élaboration des normes mondiales et à l’avancement collectif de la SSR en contexte humanitaire. Son travail repose sur quatre piliers interdépendants :
« Nous travaillons avant tout au service des femmes et des filles, dans toute leur diversité, qui sont touchées par les crises, explique Mme Knaster. Cependant, nous nous adressons principalement aux personnes qui soutiennent la SDSR et qui fournissent des services sur le terrain, comme les prestataires de soins de santé, les gestionnaires de programmes et les responsables humanitaires, tant à l’échelle mondiale que locale. Nous leur offrons des ressources, des conseils et une communauté de soutien, tout en défendant et en promouvant constamment leur travail.
Alors que les besoins humanitaires augmentent et que l’aide financière des pays donateurs diminue, le modèle de coordination et de collaboration de l’IAWG s’avère plus essentiel que jamais. « Devant la réduction des effectifs et des ressources dans l’ensemble du secteur, l’IAWG offre un modèle qui nous permet d’avancer plus efficacement vers nos objectifs communs », affirme Mme Knaster.
La diversité de l’IAWG, tant sur le plan technique que géographique et organisationnel, lui confère une crédibilité unique. Ainsi, lorsque la coalition publie une déclaration commune ou une recommandation, les gouvernements et les agences y prêtent attention. « Ils savent que de nombreux acteurs de tous horizons partagent la même vision, et cela a du poids. »
Nous en avons eu un exemple frappant à la fin des années 2010, lorsque la planification familiale a été intégrée au DMU. « La planification familiale n’a pas toujours été reconnue comme un moyen de sauver des vies, précise Mme Knaster. Avec d’autres coalitions, nous avons démontré qu’il est souhaitable, nécessaire et tout à fait possible de prévenir les grossesses non désirées, même dans des contextes fragiles. »
Malgré sa portée mondiale, l’IAWG a toujours reposé davantage sur l’engagement de ses membres que sur les ressources financières. « On pense souvent que toutes les personnes qui participent à ce travail sont rémunérées ou que nous disposons d’un important secrétariat en coulisses, a-t-elle ajouté. En réalité, depuis sa création, l’IAWG fonctionne presque exclusivement grâce au bénévolat. C’est une preuve éloquente de l’engagement des membres envers notre mission commune. »
À ce jour, Mme Knaster est la seule employée qui travaille à temps plein pour l’IAWG. Les autres membres du réseau offrent leur temps, leur expertise et leur soutien organisationnel parce qu’ils croient en cette cause. « C’est grâce à ce dévouement et à cette bonne volonté que l’IAWG existe et prospère depuis trente ans. C’est un honneur pour moi de servir cette communauté. »
Dans la dernière année, l’IAWG a revu sa structure afin de mieux refléter sa croissance, les besoins actuels de ses membres et son engagement en faveur de l’inclusion et de l’accessibilité. Un nouveau modèle de gouvernance simplifié sépare désormais le leadership technique de la supervision administrative et intègre mieux la diversité de l’expertise technique au sein de trois groupes de travail (Plaidoyer et reddition de comptes, Assistance technique, et Données probantes et apprentissage).
Cette approche s’aligne étroitement sur celle de la nouvelle organisation qui chapeaute l’IAWG, le Partenariat canadien pour la santé des femmes et des enfants (CanSFE).
« Notre alliance coule de source, affirme Mme Knaster. Le CanSFE maîtrise les éléments essentiels au bon fonctionnement des coalitions, soit les efforts en coulisses nécessaires pour instaurer la confiance, susciter le dialogue et rallier divers acteurs. Nous avons des valeurs communes autour du partenariat, de la santé mondiale et de l’intersection entre l’aide humanitaire et le développement. Ensemble, nous proposons un modèle de collaboration intersectorielle qui a une portée bien réelle. »
Actuellement, l’une des initiatives les plus ambitieuses de l’IAWG est la prochaine édition de son Évaluation mondiale, une méta-analyse pluriannuelle qui rassemble les données de partenaires du monde entier. Son objectif est de recenser les progrès accomplis, de documenter les interventions efficaces dans les contextes instables et dépourvus de ressources, et de répertorier des solutions créatives mises en œuvre localement.
« L’Évaluation mondiale est l’un de nos outils de plaidoyer les plus efficaces, explique Mme Knaster. Elle nous permet de mettre en lumière ce qui fonctionne, et pas seulement les lacunes, et de promouvoir des solutions plus intelligentes et plus durables. »
Alors que l’IAWG célèbre ses 30 ans, Mme Knaster appelle à une participation et à un leadership accrus des organisations locales et régionales. « Nous voulons que notre travail bénéficie directement aux organisations locales et régionales, et pas seulement à nos partenaires internationaux. Leur contribution et leur leadership sont essentiels pour orienter la stratégie de l’IAWG. »
Après 12 ans au sein de l’IAWG, Mme Knaster reste animée par des convictions profondes. « La santé sexuelle et reproductive fait partie intégrante du bien-être global. On ne peut y renoncer : c’est un droit fondamental qui touche à la dignité humaine. C’est ce qui permet aux communautés d’être en santé, de prospérer et de faire preuve de résilience. »
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Publié:
12 février 2026
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