Pour bien des personnes dans le monde, les soins d’avortement sécurisé ne sont pas accessibles. En tant que spécialiste de la santé et des droits sexuels et reproductifs (SDSR) chez Oxfam Canada, je le constate au sein des communautés et des programmes avec lesquels nous travaillons. C’est pourquoi je voulais écouter les militant·es, les professionnel·les de la santé, les chercheur·euses, les responsables politiques, les organisations de la société civile et les gouvernements qui œuvrent pour la SDSR, y compris pour le droit aux soins d’avortement sécurisé. Je me suis donc récemment rendue à Bogotá, en Colombie, pour participer à la Conférence internationale sur la planification familiale (ICFP). Sous le thème L’équité par l’action, ce rassemblement mondial a réuni des milliers de personnes de plus de 100 pays afin de réfléchir, d’apprendre et de renouveler leur engagement envers la SDSR à l’échelle mondiale.
De nombreux obstacles entravent l’accès aux soins d’avortement sécurisé : manque d’information précise sur la disponibilité des services et leur légalité, stigmatisation et jugement, éloignement géographique, coûts élevés, manque de personnel qualifié et absence de confidentialité.
L’avortement est légal dans la plupart des pays. Cependant, dans bien des cas, des lois restrictives encadrent strictement les critères d’admissibilité, imposent des délais d’attente ou exigent des autorisations complexes. En pratique, ces lois limitent l’accès, même quand les critères légaux sont respectés.
Lorsque l’avortement sécurisé n’est pas accessible, les gens ont recours à l’avortement non sécurisé. L’avortement non sécurisé se définit comme un avortement pratiqué par une personne qui ne possède pas les compétences nécessaires, dans un environnement qui ne répond pas aux normes médicales minimales, ou les deux à la fois. C’est notamment le cas pour des méthodes dangereuses telles que l’insertion de corps étrangers dans le vagin ou l’ingestion de substances toxiques. Les conséquences sont dévastatrices. Les avortements non sécurisés entraînent de graves complications comme des hémorragies et des infections, et demeurent l’une des principales causes de mortalité maternelle. À l’échelle mondiale, on estime que près de 7 millions d’hospitalisations et 40 000 décès évitables surviennent chaque année en raison d’avortements non sécurisés.
Toutes ces complications et ces décès peuvent être évités. L’avortement sécurisé sauve des vies.
Pour garantir l’accès à l’avortement sécurisé, il faut agir de façon coordonnée sur plusieurs plans : lutter contre la stigmatisation, diffuser des informations justes, former le personnel de la santé, accroître le nombre de prestataires qualifiés, assurer la disponibilité des médicaments et du matériel, et décriminaliser l’avortement.
Une des solutions pratiques et transformatrices dont j’ai beaucoup entendu parler à l’ICFP est l’avortement autogéré.
L’avortement autogéré consiste à interrompre une grossesse par médicaments à l’extérieur d’un cadre clinique, en disposant d’informations exactes, de conseils et de soutien. Pour que cette pratique soit sûre et efficace, les personnes concernées doivent disposer d’indications claires sur l’utilisation du médicament, savoir à quoi s’attendre durant le processus et connaître les circonstances qui justifient une consultation médicale. Elles doivent également pouvoir se procurer des médicaments de qualité et obtenir des soins de santé en cas de complications.
L’avortement autogéré est sûr et efficace, et les complications graves qui mettent la vie en danger sont rares. Dans les pays où la loi impose des restrictions, les pilules abortives demeurent largement accessibles en pharmacie, auprès de vendeurs informels ou en ligne. De nombreuses personnes privilégient l’avortement autogéré pour l’autonomie, le confort, l’accessibilité et la souplesse qu’il procure. Cette option leur permet de choisir le moment et le lieu de l’intervention, d’organiser la garde de leurs enfants ou une journée de congé, d’éviter de longs déplacements coûteux et de limiter leur exposition à la stigmatisation et au jugement dans le réseau de la santé.
L’avortement autogéré devrait élargir l’éventail des choix offerts, et non se substituer aux soins prodigués dans le réseau de la santé. Les personnes devraient toujours pouvoir se faire avorter dans un établissement de santé si elles le souhaitent ou si elles en ont besoin.
Dans le cadre du projet d’Oxfam intitulé Stand Up for Sexual and Reproductive Health and Rights, le Mozambique offre désormais cette gamme complète de services, alliant soins autogérés et soins dispensés en établissement. Les partenaires appuient la prestation de services d’avortement sécurisé en établissement tout en veillant à ce que les personnes aient accès à de l’information claire et à des conseils adaptés sur l’avortement autogéré, afin de les aider à faire des choix éclairés.
Lors de l’ICFP, les équipes de recherche, les responsables de programme et les militant·es ont présenté leurs initiatives pour promouvoir l’accès à l’avortement autogéré.
Lors de l’ICFP, j’ai réfléchi au fait que les stratégies et les solutions pour promouvoir l’accès à l’avortement sécurisé ne relèvent pas seulement des systèmes de santé, des lois et des politiques, mais aussi des personnes et des communautés. J’ai pu constater comment les féministes et les militant·es soutiennent les femmes qui reprennent le contrôle de leur santé et de leur corps. J’ai été inspirée par les récits de femmes, dans toute leur diversité, revendiquant leur autonomie.
Pour améliorer l’accès à l’avortement autogéré, il faut investir de façon soutenue dans l’information exacte, le soutien communautaire, l’accessibilité des systèmes de santé ainsi que dans des politiques et des lois favorables.
En quittant l’ICFP, deux sentiments m’habitaient : l’urgence et l’espoir. L’urgence devant l’ampleur des besoins immédiats. L’espoir devant les solutions dont on dispose et le travail accompli collectivement par tant de personnes.
Colleen Dockerty est spécialiste de la santé et des droits sexuels et reproductifs (SDSR) ainsi que de la violence fondée sur le genre. Elle possède plus de dix ans d’expérience dans des contextes humanitaires et de développement. Infirmière autorisée et titulaire d’une maîtrise en santé publique, elle adopte une approche féministe et fondée sur les droits et les données probantes pour faire progresser la SDSR. Elle a travaillé auprès d’Oxfam Canada, de Médecins sans frontières et de Norwegian Church Aid, assurant le leadership technique de projets multinationaux en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie.
Publié:
5 février 2026
Auteur:
Colleen Dockerty, spécialiste de la justice de genre en santé et droits sexuels et reproductifs, Oxfam Canada
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