Délégation du CanSFE à la CSW69 : cinq questions à Nathaniel Allaire Sévigny

La CSW69, le plus grand rassemblement mondial annuel consacré à l’égalité des genres et au renforcement du pouvoir des femmes, a réuni des gouvernements, des organisations de la société civile, des expert·es et des militant·es du 10 au 21 mars dernier. Le CanSFE a eu le privilège d’y participer et de permettre à des jeunes et à des représentant·es d’organisations membres d’en faire autant. Les entrevues qui suivent font partie d’une série de conversations avec des membres de la délégation du CanSFE. Découvrez tous les témoignages de la délégation sur Écrire pour prospérer.

Pourquoi souhaitiez-vous participer à la CSW69? Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire partie de la délégation du CanSFE?

J’avais l’impression qu’il était urgent et nécessaire de participer à CSW69. Nous sommes à un moment charnière : 30 ans après la Déclaration et le Programme d’action de Pékin, nous constatons un recul préoccupant des droits des femmes à travers le monde, notamment en matière de santé et de droits sexuels et reproductifs (SDSR). En tant que membre de Médecins du Monde Canada, j’avais à cœur de prendre part aux discussions sur les liens entre la santé et l’égalité des genres, en particulier pour les femmes et les filles touchées par l’exclusion systémique.

Faire partie de la délégation du CanSFE allait de soi. Sa démarche axée sur le plaidoyer collaboratif, les approches fondées sur les droits et le partage des connaissances correspond parfaitement à notre façon de travailler chez Médecins du Monde. Je savais que cette expérience me permettrait non seulement de parler de nos réalités sur le terrain en Haïti, au Burkina Faso et au Bénin, mais aussi d’apprendre auprès de militant·es et professionnel·les de la santé évoluant dans d’autres contextes. J’étais particulièrement motivé par l’idée de rencontrer des leaders féministes et de m’en inspirer pour bonifier notre travail collectif au Canada et à l’étranger.

Y a-t-il un moment pendant la CSW69 qui a changé votre perspective sur une question? Avez-vous entendu des propos qui ont bousculé vos idées ou qui vous ont amené à revoir votre position?

Il y a eu un moment fort lors d’une séance sur les initiatives de SDSR menées par des jeunes en Afrique centrale. Une jeune paire éducatrice a raconté que, même si sa mère l’aimait beaucoup, elle n’osait pas parler de santé sexuelle en raison des normes culturelles. C’est plutôt son père qui est devenu son principal soutien en ouvrant un espace de dialogue sécurisant. Ses mots — « C’est important, parce que c’est chez moi » — étaient simples, mais marquants.

Son témoignage a confirmé mes propres réflexions sur les personnes qui peuvent et devraient participer au plaidoyer pour la SDSR. Dans notre secteur, on met souvent l’accent sur la mobilisation directe des femmes et des filles, mais cet exemple nous rappelle que pour provoquer un réel changement, il est essentiel de transformer les dynamiques familiales et communautaires, notamment en travaillant avec les hommes comme alliés. Ces paroles ont renforcé ma conviction selon laquelle l’éducation à la SDSR doit se faire autant dans les espaces formels qu’informels, notamment dans les langues locales et sous des formes adaptées à la culture. Cette histoire restera gravée dans ma mémoire.

Si vous deviez décrire la CSW69 en trois mots, quels seraient-ils?

Énergisante. Frustrante. Nécessaire.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris pendant la CSW69?

J’ai été à la fois surpris et déçu par la faible présence des organisations de base dans les panels officiels. Bien des séances ont souligné leur travail et l’importance de faire valoir les voix locales, mais peu leur ont effectivement donné la parole directement. Cela montre bien à quel point les obstacles systémiques, comme l’obtention de visas et le financement, continuent d’exclure celles et ceux qui mènent des changements transformateurs sur le terrain.

En même temps, j’ai été surpris et profondément touché par la force et la solidarité des féministes des quatre coins du monde. Malgré le contexte actuel de recul politique et les discours régressifs, il régnait un grand sentiment d’unité et d’engagement commun. Cela m’a rappelé que, malgré les résistances, le mouvement féministe est bien vivant, déterminé et en pleine expansion.

En quoi faire partie d’une délégation canadienne a-t-il marqué votre expérience à la CSW69?

Au sein de la délégation du CanSFE, j’ai vraiment ressenti un fort esprit de communauté et de soutien. Nous pouvions réfléchir ensemble à des enjeux complexes, échanger des idées entre les séances et faire valoir le travail de chacune et de chacun.

La diversité de notre groupe, composé de personnes d’âges, d’origines et de secteurs variés, m’a permis d’apprendre sans cesse de mes pairs. J’ai été inspiré par la façon dont chaque personne apportait sa perspective sur des défis communs, que ce soit par la recherche, le plaidoyer, les programmes de santé ou l’expérience vécue.

Cela m’a également permis de réfléchir de façon critique au rôle du Canada dans la promotion de l’égalité des genres. Ce double regard, à la fois mondial et national, a été particulièrement marquant. Je suis reparti non seulement avec de nouvelles connaissances, mais aussi avec des relations plus solides au sein du milieu féministe canadien.

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Publié:

15 mai 2025


Auteur:

Nathaniel Allaire Sévigny


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