La Semaine SexePlus au Canada a permis de mettre en évidence des lacunes critiques en matière de soins, d’éducation et d’accès à la santé sexuelle, qui ont un impact durable sur de nombreuses communautés. Elle a aussi été l’occasion de réfléchir au fait que la santé sexuelle et reproductive des femmes d’Asie de l’Est et du Sud-Est est rarement au cœur des recherches, des politiques et des discussions en santé publique. Celles-ci étant souvent regroupées dans de grandes catégories raciales comme « Asiatiques » ou « Asiatiques/des îles du Pacifique », leurs expériences, défis et enjeux propres passent inaperçus et sont souvent négligés.
Ces femmes – qu’elles soient immigrantes, Canadiennes de deuxième génération ou installées depuis longtemps dans leur communauté – jonglent avec des réalités complexes liées à la culture, à la stigmatisation et à l’accès aux soins de santé. Qu’elles soient Chinoises, Japonaises, Indonésiennes ou Philippines, leurs identités diverses influencent leur utilisation des ressources en santé sexuelle. Mais la négligence systémique, les tabous culturels et les échecs politiques continuent de mettre leur bien-être en péril. Après la Semaine SexePlus, brisons le silence. Pourquoi les femmes d’Asie de l’Est et du Sud-Est sont-elles si souvent oubliées dans les conversations sur la santé sexuelle et reproductive? Pourquoi la recherche ne parvient-elle pas à rendre compte de leurs réalités? Comment dépasser les stéréotypes, combler les lacunes et provoquer un véritable changement?
Malgré l’importance de la santé sexuelle, les recherches consacrées exclusivement à la prévention des infections transmissibles sexuellement (ITS) et du VIH chez les femmes d’Asie de l’Est et du Sud-Est demeurent limitées. Toutefois, certaines études montrent que, bien que ces femmes soient moins susceptibles d’être sexuellement actives que la population générale, celles qui le sont adoptent des comportements qui pourraient accroître leur vulnérabilité aux ITS et au VIH.
La consommation de substances – dont la consommation d’alcool, la consommation de drogues illicites, la consommation excessive d’alcool et la consommation de substances avant l’activité sexuelle – a été identifiée comme un facteur important contribuant aux comportements sexuels à risque. L’acculturation influence également l’évolution des comportements à risque liés aux ITS et au VIH ainsi que le recours aux ressources en santé sexuelle. Un haut degré d’acculturation augmente la probabilité d’adopter des comportements sexuels à risque, tout en renforçant le sentiment d’efficacité personnelle quant à la diminution des risques et la prise en charge de sa santé sexuelle.
Des études comparatives suggèrent que les femmes d’Asie de l’Est et du Sud-Est connaissent moins bien le VIH et utilisent moins souvent les services de santé sexuelle que d’autres populations. Les normes culturelles, les barrières linguistiques, les contraintes financières et la forte influence des parents freinent le recours aux services de santé.
Cette population étant très diversifiée, les programmes de prévention des ITS et du VIH doivent être adaptés à ses différentes réalités culturelles et linguistiques. Pour être efficaces, les interventions doivent tenir compte du genre, de la culture des jeunes et des pratiques ethnoculturelles. Les partenariats avec des institutions culturelles, comme les organisations religieuses et les établissements d’enseignement, se sont avérés efficaces pour sensibiliser la population au VIH. De plus, la participation des parents et du personnel de la santé peut favoriser une meilleure transmission des connaissances et encourager les comportements préventifs.
La recherche sur la prévention des ITS et du VIH chez les travailleuses du sexe en Asie de l’Est et du Sud-Est souligne l’importance de prendre en compte les enjeux socioéconomiques, le statut d’immigration, l’exposition à la violence, la toxicomanie ainsi que les barrières culturelles et linguistiques. Les interventions doivent considérer le contexte plus large de leur travail et mobiliser les parties prenantes concernées, y compris les clients et les propriétaires de salons de massage, pour encourager des pratiques plus sûres. Il existe un important manque de recherche sur les besoins des femmes transgenres originaires d’Asie de l’Est et du Sud-Est en matière de santé sexuelle et de prévention des ITS et du VIH.
Pour concevoir des programmes fondés sur des données probantes visant à soutenir la santé sexuelle des femmes d’Asie de l’Est et du Sud-Est au Canada, il est essentiel de bien comprendre les facteurs qui influencent leur accès aux soins et leurs comportements de prévention des ITS et du VIH. Cette population compte de nombreuses ethnies et regroupe à la fois des personnes nouvellement immigrées et des personnes nées au Canada. Pour développer des interventions efficaces, il est essentiel de comprendre comment s’entrecroisent l’identité culturelle, les déterminants sociaux et les normes de genre au sein des communautés d’Asie de l’Est et du Sud-Est.
La complexité de l’épidémie de VIH en Asie de l’Est et du Sud-Est met en évidence l’importance de réponses ciblées. Même si la plupart des pays de la région présentent des taux de prévalence du VIH chez les adultes inférieurs à 1 %, les différences dans les attitudes culturelles, l’accès aux soins de santé et les réponses gouvernementales influencent fortement les efforts de prévention et de traitement. Au Canada, les femmes d’Asie de l’Est et du Sud-Est font face à des défis supplémentaires dans leur accès aux soins de santé, notamment les barrières liées à l’immigration, leur statut socioéconomique et l’intersection du genre, de la race et de l’ethnicité.
Des études récentes indiquent une augmentation de la prévalence du VIH parmi les populations d’Asie de l’Est et du Sud-Est dans les pays occidentaux. Malgré une littérature de plus en plus riche sur la prévention du VIH, la recherche portant spécifiquement sur les besoins des femmes d’Asie de l’Est et du Sud-Est en matière de santé sexuelle reste insuffisante.
Une analyse approfondie de la littérature actuelle met en lumière les nombreux facteurs qui influencent la santé sexuelle, le risque de VIH et les comportements de prévention chez les femmes d’Asie de l’Est et du Sud-Est. Cependant, les études portant exclusivement sur cette population sont peu nombreuses. Deux d’entre elles se sont penchées tout particulièrement sur les femmes d’Asie de l’Est et du Sud-Est : une étude quantitative menée aux États-Unis sur la perception du risque de contracter le VIH et une étude qualitative en Australie sur l’accès aux soins de santé sexuelle chez les femmes vietnamo-australiennes. La recherche de Nemoto et coll. a étudié les besoins en matière de santé sexuelle et de prévention du VIH des femmes d’Asie de l’Est et du Sud-Est travaillant dans des salons de massage à San Francisco, apportant ainsi des informations essentielles sur ce sous-groupe. Malgré ces contributions, davantage de recherches ciblées sont nécessaires.
Des études comparatives ont exploré les comportements en matière de santé sexuelle, de risque et de prévention du VIH parmi les populations d’Asie de l’Est et du Sud-Est en fonction du sexe et de l’appartenance ethnique. Une étude canadienne a examiné les comportements en santé reproductive chez les femmes indiennes, indo-canadiennes, euro-canadiennes et d’Asie de l’Est, ces dernières représentant 40 % de l’échantillon. Plusieurs études se sont penchées sur la prévention des comportements sexuels à risque et du VIH chez les jeunes asiatiques et les étudiants immigrés, mais une seule étude s’est penchée spécifiquement sur les femmes transgenres. Par ailleurs, la recherche a exploré le rôle des institutions religieuses asiatiques, dont les organisations religieuses chinoises, dans les efforts de prévention du VIH.
On entend souvent parler du stéréotype de la « minorité modèle », qui suppose que les personnes d’Asie de l’Est et du Sud-Est auraient moins de comportements sexuels à risque et des taux d’ITS/VIH plus faibles. Certaines études renforcent ce stéréotype en rapportant des taux plus faibles d’activité sexuelle et de comportements à risque liés au VIH que dans d’autres groupes ethniques. Par exemple, So et coll. ont observé que les jeunes adultes américains d’origine asiatique présentaient la plus faible prévalence d’activité sexuelle et de rapports non protégés au cours des 30 derniers jours, comparativement à d’autres groupes démographiques. De même, Song et coll. ont rapporté qu’en Australie, les étudiants originaires d’Asie étaient moins susceptibles d’être sexuellement actifs et avaient moins de partenaires sexuels, bien qu’ils soient en moyenne plus âgés que leurs camarades nés en Australie.
Cependant, d’autres études remettent en question cette idée et soulignent les comportements à risque liés aux ITS et au VIH chez les femmes originaires d’Asie de l’Est et du Sud-Est qui sont sexuellement actives. Lee et coll. ont constaté que, bien que les jeunes d’origine asiatique ou des îles du Pacifique déclarent des taux plus faibles d’activité sexuelle au cours de leur vie, ceux qui étaient sexuellement actifs étaient plus susceptibles d’avoir des rapports non protégés. De plus, la consommation de substances augmente au sein de ce groupe, avec un taux de consommation d’alcool au cours de la vie de 91,5 % et une consommation de marijuana de 68 %, soit le deuxième taux le plus élevé parmi les groupes ethniques étudiés. L’hétérogénéité des populations asiatiques doit être prise en compte lorsqu’on aborde la question de la santé sexuelle, car les taux d’ITS et les comportements à risque varient considérablement d’un sous-groupe ethnique à l’autre.
Il est essentiel de comprendre les défis uniques en matière de santé sexuelle auxquels sont confrontées les femmes d’Asie de l’Est et du Sud-Est au Canada et aux États-Unis pour élaborer des programmes efficaces de prévention des ITS et du VIH. La recherche fait ressortir l’influence de l’acculturation, de la consommation de substances et des obstacles culturels sur les résultats en matière de santé sexuelle. La mise en place d’interventions adaptées à la culture, qui tiennent compte de ces facteurs, peut améliorer la connaissance du VIH, l’accès aux soins de santé et l’adoption de comportements réduisant les risques au sein de cette population diversifiée.
Leisha Toory est la fondatrice de Period Priority Project, nommé pour le prix des droits de la personne. Elle est également consultante auprès de l’Institut de recherche des Nations Unies pour le développement social et de l’Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche. Elle fait partie de l’équipe spécialisée dans les droits des femmes d’Amnistie internationale Canada et est titulaire d’un baccalauréat en sciences politiques de l’Université Memorial.
Publié:
27 février 2025
Auteur:
Leisha Toory
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