Des approches prometteuses pour financer les initiatives en égalité des genres et en santé mondiale malgré les bouleversements

En ces temps incertains, marqués par des bouleversements majeurs dans le milieu de la santé mondiale, il peut être difficile de discerner la voie à suivre. Les récents changements dans l’écosystème des donateurs ont eu des conséquences monumentales et dévastatrices sur des projets sanitaires en cours et des services essentiels. Des traitements vitaux, des campagnes de vaccination et des soins indispensables ont été interrompus net, bouleversant la vie de communautés dont la santé et le bien-être en dépendent. Les organismes locaux, qui assurent la majorité des soins directs, ont dû cesser leurs activités et réévaluer leur viabilité du jour au lendemain.

Dans cette ère de polycrises, nous avons collectivement l’occasion de repenser le financement du développement mondial. Il est temps d’adopter des approches plus résilientes, diversifiées et dirigées localement, capables de générer des transformations durables. Dans cet article, des membres du Groupe de travail sur l’égalité des genres (GTÉG) du CanSFE font part de leurs réflexions et de leçons tirées du milieu de l’égalité des genres, qui peuvent inspirer des stratégies intersectorielles plus larges pour revoir la manière dont nous finançons et soutenons les programmes à fort impact, aujourd’hui plus nécessaires que jamais.

Collaborer avec le secteur privé local

Les organismes canadiens de développement international traversent une période de turbulences financières. Pendant longtemps, nous nous sommes tournés vers des bailleurs de fonds et des entreprises occidentales, négligeant peut-être les possibilités offertes par l’écosystème dynamique de philanthropes et d’entreprises locales dans les régions où nous intervenons.

Partout en Afrique, en Asie et en Amérique latine, des entreprises influentes et des personnes fortunées entretiennent des liens étroits avec leur communauté et s’investissent dans le développement à long terme. Le marché mondial de l’investissement axé sur les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) devrait atteindre 40 billions de dollars d’ici 2030, ce qui témoigne d’un intérêt croissant des entreprises à être évaluées au-delà de leur performance financière. La demande mondiale pour des investissements axés sur l’impact social est en pleine croissance, et les acteurs locaux montrent la voie.

Selon le Africa Wealth Report 2024, on comptait 135 200 personnes en Afrique possédant un patrimoine d’au moins 1 million de dollars américains. À cela s’ajoutent les envois de fonds vers le continent, qui ont totalisé 100 milliards de dollars américains en 2023, soit 6 % du PIB africain. La valeur combinée des actifs des personnes fortunées et des transferts de fonds dépasse à la fois l’aide publique au développement (42 milliards $ US) et les investissements directs étrangers (48 milliards $ US) enregistrés en 2024.

En établissant de véritables partenariats avec des acteurs locaux du secteur privé, qu’il s’agisse de fondations communautaires, de petites et moyennes entreprises, d’entreprises sociales ou de multinationales, nous pouvons élaborer des modèles de financement plus résilients et mieux adaptés aux priorités locales.

Collaborer avec les gouvernements locaux

La prise en charge locale est un pilier fondamental du développement durable. De plus en plus de pays – comme l’Ouganda, les Philippines, le Cambodge et plusieurs pays africains – manifestent la volonté d’investir dans leurs propres programmes de santé et de développement. 

Même si ces ressources locales ne rivalisent pas encore avec l’aide internationale, elles offrent une occasion importante de renforcer la responsabilisation, de mettre les priorités locales à l’avant-plan et de favoriser une résilience à long terme.

Avec la baisse de plus en plus marquée de l’aide internationale en provenance d’importants bailleurs de fonds, plusieurs gouvernements des économies émergentes mettent davantage l’accent sur l’investissement dans leurs propres systèmes de santé et d’éducation et dans leurs économies locales. Par exemple, le vice-premier ministre de la Namibie a insisté sur l’importance pour le pays de reprendre le contrôle de ses grands projets miniers, afin que les retombées de ses ressources naturelles profitent directement à la population namibienne. En misant sur les ressources locales – que ce soit par des budgets gouvernementaux, des réinvestissements du secteur privé ou des initiatives communautaires – les pays peuvent mener des efforts de développement durables, équitables et centrés sur les priorités locales. 

Un autre exemple est celui du Rwanda, qui a misé sur la couverture sanitaire universelle en développant un régime communautaire d’assurance maladie, les Mutuelles de Santé, qui protège aujourd’hui plus de 90 % de la population. Les investissements importants dans les systèmes de santé numériques et les partenariats solides avec des ONG locales et internationales témoignent d’un engagement national envers le renforcement du système de santé.

Financer le leadership féministe

Pour faire progresser véritablement l’égalité des genres et bâtir des systèmes de santé résilients, les ONG doivent aller au-delà des approches traditionnelles et s’engager activement dans la création de partenariats avec des leaders et des organisations féministes locales. Ces actrices de terrain sont les premières à intervenir lors de crises et sont les plus à l’écoute des besoins, des histoires et des aspirations de leurs communautés. Pourtant, elles sont constamment sous-financées et exclues des tables de décision.

Redonner du pouvoir, c’est aussi redistribuer les ressources, c’est-à-dire financer directement les groupes féministes et leur faire confiance pour diriger les actions. Pour y parvenir, les ONG internationales, tous secteurs confondus, doivent continuer à jouer un rôle d’alliées, à porter les voix de ces groupes et à construire des partenariats équitables fondés sur la responsabilisation mutuelle, la transparence et une vision commune. Investir dans les mouvements féministes n’est pas seulement un impératif moral, c’est l’un des moyens les plus efficaces pour générer des résultats durables et intersectionnels en santé mondiale et en développement.

Le recours aux philanthropes régionaux, au secteur privé et aux gouvernements locaux ne représente pas seulement une stratégie de financement; cette approche ouvre la voie à une plus grande responsabilisation, pertinence et portée des organisations. L’avenir du secteur de la santé mondiale et de l’égalité des genres dépend de notre capacité à repenser qui exerce le leadership, qui finance les initiatives et comment les partenariats sont établis. En recentrant le pouvoir et les ressources là où les besoins sont les plus criants, nous pouvons contribuer à bâtir des systèmes durables.

Publié:

7 août 2025


Auteur:

Clare Timbo, Orbis Canada (co-présidente du GTÉG), Caitlin McKay, Lucky Iron Life (co-présidente du GTÉG), Melina Kalamandeen, WaterAID


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