Pensons-y deux minutes.
Nous avons la volonté, l’expertise, et toutes les stratégies de développement international.
Et si on n’atteignait pas les Objectifs de développement durable (ODD), tout simplement parce que nous sommes finalement, trop éduqués, trop compétents, trop connectés… trop tout?
Pour comprendre où je veux en venir, laissez-moi vous faire un portrait d’une partie de la génération de futurs professionnels en santé mondiale dont je fais partie.
Nous sommes bilingues, parfois trilingues. Nous avons les diplômes. On a fait un stage à Gavi, animé un webinaire sur l’éthique en collecte de données, et mené une campagne vigoureuse sur notre santé mentale en déclin. Nous basculons entre les onglets Excel, Stata, Canva et Google Drive comme s’il s’agissait de notre seconde nature. Nous sommes un véritable couteau suisse en matière de compétences : analyse, planification d’événements, relations avec les donateurs… mais la moitié du temps, nous ne savons pas expliquer clairement ce que nous faisons. Cela n’est pas le fruit du hasard.
Ma génération est multipotentielle. Mais elle est aussi dispersée que talentueuse. C’est peut-être ça, notre vrai obstacle collectif: la surabondance de potentiel à canaliser.
Résultat? On se retrouve souvent à un croisement, entourés de portes entrouvertes, mais sans direction claire, à part celle de survivre socio-économiquement et mentalement dans un monde en polycrise.
Ainsi, avant d’aller « beyond » les actions des ODD, il faut finalement commencer à la base, au niveau local: dans nos quartiers, nos salles de classe, avec nos amis et nos partenariats que tout ce talent a un impact immédiat. Ainsi, nos diverses capacités et notre passion pour l’activisme local, la sécurité alimentaire, soins de santé équitables, et la justice entre les genres seront portées par une génération qui, pour paraphraser la rappeuse française Diam’s, « parle fort et vit à bout de rêves ».
Les ODD sont, certes, des objectifs mondiaux, mais leur réussite n’existe que si nous agissons au niveau local. Comme le dit sagement un célèbre proverbe africain: « Il faut d’abord balayer sa porte avant de regarder celle de son voisin. »
Ce recentrage local est possible : ici, à Montréal, une collègue et amie a mené un projet entre décembre 2021 et août 2022 sur la confiance vaccinale des adolescents, en travaillant directement avec les parents. Ils ont créé et testé des outils concrets auprès d’écoles du quartier et ont eu un impact clair, immédiat, et documenté sur les populations locales : contribuant directement à l’ODD 3 (santé et bien-être).
Ma jeunesse a grandi un télescope dans les mains et les yeux rivés sur le monde. Peut-être serait-il temps de changer d’instrument pour prendre un microscope, et commencer chez soi.
BIO
Johanna Manga est stratège bilingue en santé mondiale et intervenante culturelle. Elle œuvre à l’intersection de l’équité des genres, du leadership jeunesse et des politiques intersectorielles, aussi bien dans les milieux francophones qu’anglophones. Diplômée de l’Université de Montréal, elle détient un baccalauréat en sciences biomédicales et une maîtrise en santé publique, avec spécialisation en santé mondiale. Elle a collaboré avec diverses ONG canadiennes et internationales dédiées à l’amélioration de la santé mondiale (l’UNICEF, Health Systems Global, l’Association mondiale pour la santé mondiale et le CanSFE) et a organisé plusieurs conférences et événements internationaux sur la santé. Née au Cameroun et ayant grandi au Zimbabwe et au Congo-Brazzaville, elle s’est établie au Canada il y a plus de dix ans. Forte d’un parcours sur différents continents et parlant couramment le français, l’anglais et l’espagnol, Johanna est aussi une artiste multidisciplinaire primée, qui utilise la musique pour explorer les thèmes de la mémoire, de l’identité et de l’appartenance à travers la diaspora.
Publié:
12 août 2025
Auteur:
Johanna Manga
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