Au-delà de la Journée internationale de la jeunesse : Réclamer plus que des gestes de façade

Quand on aborde la participation des jeunes aux Objectifs de développement durable (ODD), on se cantonne trop souvent à une vision simplifiée, parfois même infantilisante, centrée sur l’innovation, l’énergie et l’idéalisme. Trop souvent, le travail mené par les jeunes est accueilli avec un enthousiasme de façade, qui dissimule une condescendance latente et néglige la profondeur, l’aspect stratégique et les retombées de nos contributions.

Les jeunes ne se contentent pas de mettre en œuvre les ODD; nous les réinterprétons. Nous remettons en question le mythe de l’universalité et posons des gestes ancrés dans les réalités vécues et vivantes.

Agir localement ne veut pas dire agir à petite échelle ou de manière simplifiée. Les jeunes, dans leur travail de plaidoyer et de transformation, se heurtent de plein fouet aux systèmes de pouvoir, de contrôle, de privilège et d’oppression. Il ne s’agit pas seulement de faire progresser des objectifs mondiaux, mais d’affronter et de défier des structures qui n’ont jamais été faites pour nous servir ni nous inclure.

Alors que nous envisageons l’après-ODD, une question s’impose : quels cadres viendront leur succéder? Et les jeunes auront-ils contribué à façonner ces cadres, ou auront-ils simplement été conviés à promouvoir la vision d’autrui?

Les ODD nous offrent un langage commun, mais le vrai progrès ne se résume pas à la poursuite de cibles. Il implique de remettre en question les dynamiques de pouvoir qui les façonnent et les maintiennent.

Sur ce territoire colonisé que l’on nomme le Canada, l’image d’un pays accueillant et progressiste sert trop souvent à masquer la violence structurelle à laquelle les jeunes font encore face. Bien que le Canada soit un bailleur de fonds sur la scène mondiale, sur son propre sol, les acteurs communautaires dénoncent depuis longtemps les inégalités structurelles dans le financement.

Nous sommes en pleine crise. L’austérité, la lourdeur bureaucratique et l’indifférence nous écrasent. Les plus durement touchés sont les organismes communautaires et de terrain ainsi que les militant·e·s, et ce sont les jeunes qui encaissent le choc le plus lourd.

La réalité, c’est que le travail des jeunes n’est presque jamais reconnu ni financé comme un véritable champ d’action. Au Canada, il n’existe ni culture, ni infrastructures, ni appui soutenu réel pour les organisations dirigées par les jeunes ou centrées sur les jeunes. L’argent et le pouvoir coulent de haut, par à-coups, depuis de grosses organisations centralisées et professionnalisées, largement coupées des réalités du terrain.

L’écosystème de l’organisation jeunesse n’est pas seulement fragile : il est tellement sous-financé qu’il est au point de s’effondrer.

On s’attend à ce que les jeunes participent, souvent à leur propre détriment, et composent avec les préjudices, le travail non rémunéré et la nécessité constante de prouver leur valeur dans des espaces qui n’ont jamais été pensés pour eux. Cela va bien plus loin que les gestes symboliques. C’est une mise en scène systémique qui se fait passer pour de l’inclusion. 

Les jeunes sont une arrière-pensée. On exploite notre travail, on « met en vitrine » nos voix, mais nos réalités matérielles et nos besoins structurels demeurent ignorés. On nous convie une fois les décisions prises. On nous invite à des séances photo et à des instances jeunesse cloisonnées pour soigner l’image, mais on nous exclut des espaces où s’exerce le pouvoir et où se répartissent les ressources.

Et malgré tout, quand les institutions défaillent, ce sont souvent les initiatives dirigées par des jeunes qui répondent à l’appel. 

On ne peut parler de « solidarité mondiale » tout en ignorant les besoins non comblés des jeunes qui mènent ce travail. Aller au-delà des ODD, c’est permettre aux jeunes de façonner l’avenir et non pas seulement d’exécuter la vision d’autrui. Cela suppose de rémunérer équitablement leur travail et de financer directement leurs initiatives. Cela implique aussi d’ancrer les programmes, les priorités et les engagements de financement dans les réalités locales, non pas dictées depuis des tours d’ivoire, mais façonnées par la base.

Les jeunes ne sont ni une case à cocher ni un ajout marginal aux priorités d’autrui. Nous sommes des stratèges, des organisateur·trice·s et des architectes aguerri·e·s du changement social. Notre travail ne se réduit pas à une promesse d’avenir : il produit des effets réels, ici et maintenant.

Si le secteur du développement mondial est sérieux dans sa volonté d’impulser un changement significatif, il est temps de céder de l’espace, des ressources et du pouvoir décisionnel. Soyons clairs : cela ne se fera pas sans heurts. Ce n’est d’ailleurs pas le but. Cela implique d’accepter la perte de contrôle, la redistribution de l’influence et des ressources et la redéfinition de qui a voix au chapitre.

Bio

Rae Jardine est une professionnelle en santé et droits sexuels et reproductifs qui cumule plus de dix ans d’expérience dans la promotion d’initiatives sociales axées sur les jeunes. Elle est aujourd’hui directrice générale de SRHR Hubs, un organisme dirigé par des jeunes et fier de l’être, qui milite sans relâche pour la défense de la santé et des droits sexuels et reproductifs. Rae est titulaire d’un baccalauréat ès arts (avec distinction) de l’Université St. Thomas, d’une maîtrise en études du développement mondial de l’Université Queen’s et d’un diplôme en travail social. Portée par une conscience politique vive et un esprit critique affûté dès son jeune âge, elle utilise ces forces pour promouvoir, au Canada comme l’international, des programmes et politiques qui amplifient la voix des jeunes, contestent les inégalités systémiques et élargissent l’accès à des services fondés sur les droits.

LinkedIn de Rae

Publié:

12 août 2025


Auteur:

Rae Jardine


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