Le CanSFE à la 70e session de la Commission de la condition de la femme de l’ONU (CSW70) : bilan et faits saillants

Aperçu de l’événement

  • Quand : La CSW70 s’est déroulée du 9 au 19 mars 2026. Le CanSFE y était du 9 au 12 mars. 
  • Où : New York, NY
  • Organisateurs : Nations Unies et ONU Femmes

Contexte 

Organisée par ONU Femmes, la Commission de la condition de la femme constitue le principal forum mondial des Nations Unies consacré à la promotion de l’égalité des genres et au renforcement du pouvoir des femmes et des filles. La participation active de la société civile y est essentielle, car elle garantit que les engagements internationaux s’appuient sur des expériences réelles et sur les connaissances de celles et ceux qui travaillent au plus près des communautés les plus touchées et les plus vulnérables. 

Le CanSFE a pris part à la CSW70 pour contribuer aux échanges mondiaux et en tirer des apprentissages. Représentant un réseau diversifié de partenaires issus de divers secteurs, sa présence était d’autant plus importante dans un contexte marqué par l’évolution des dynamiques politiques et des mécanismes de financement.

La participation à la CSW70 était en baisse par rapport aux années précédentes, en raison des contraintes budgétaires, des conditions de déplacement plus strictes et des mesures de sécurité accrues. Dans ce contexte, la participation du CanSFE était essentielle, car elle a permis à son réseau, en particulier aux membres qui n’ont pas pu y assister, d’accéder à des informations pertinentes et opportunes. Elle a aussi contribué à renforcer les liens avec des partenaires clés et des décisionnaires.

La CSW70 a également permis au CanSFE de réunir ses membres dans le cadre d’un événement parallèle coorganisé avec Ipas et portant sur la santé et le bien-être des filles. Ce type de rencontre, qui rassemble nos membres et partenaires canadiens aux côtés d’alliés et de partenaires internationaux, fait partie intégrante de notre approche. Il favorise les échanges, les relations et le dialogue ouvert, axé sur des solutions. Nous veillons à créer des environnements où nos membres se sentent soutenus et bien accueillis, et où il est possible de discuter franchement des défis comme des possibilités. Ces échanges contribuent à renforcer la collaboration au sein du réseau ainsi que les retombées de son travail.

Les grands thèmes abordés

Fusion d’agences dans le cadre de l’ONU80

L’un des principaux sujets de discussion à la CSW70 a été le projet de fusion entre le Fonds des Nations Unies pour la population et ONU Femmes, en raison de la crise de liquidités qui sévit actuellement au sein du système des Nations Unies. Cette proposition a suscité d’importantes préoccupations chez les parties prenantes. Lors d’un échange avec la société civile, le secrétaire général António Guterres a indiqué qu’il sera nécessaire de prendre des décisions difficiles pour assurer la viabilité du système. Il a souligné que, sans adaptation, on risque de perdre des institutions essentielles. Il s’est toutefois voulu rassurant en précisant que les deux entités conserveraient leurs mandats fondamentaux.

Cela dit, certaines organisations de la société civile ont exprimé leurs inquiétudes, la principale étant que cette fusion risque de marquer le début d’un recul général de l’égalité des genres. On craint que la fusion d’ONU Femmes et du FNUAP affaiblisse leurs mandats respectifs, réduise le financement consacré à leurs activités et diminue leur rôle de plaidoyer fort et indépendant à l’échelle mondiale. Plus généralement, des parties prenantes craignent que les acquis durement obtenus ne soient compromis si les mandats spécialisés sont intégrés dans une structure plus large.

Pour la suite, l’ONU80 organisera des rencontres trimestrielles avec la société civile afin de maintenir un dialogue continu et d’alimenter le processus de réforme.

Pour en savoir plus, veuillez consulter la foire aux questions de l’ONU80.

Négociation des conclusions concertées

Chaque année, les États membres de la CSW négocient un document final intitulé Conclusions concertées, qui s’appuie sur la Déclaration de Pékin et définit des priorités mondiales en rapport avec le thème de la session. Certaines formulations déjà convenues ne peuvent pas être modifiées. Les négociations annuelles visent donc à définir de nouvelles priorités et à actualiser ou renforcer les engagements existants.

En pratique, le processus commence bien avant l’ouverture de la CSW, avec la rédaction et la diffusion d’un premier « avant-projet ». À l’ouverture de la session, les États membres entament des négociations officielles, examinant souvent le texte ligne par ligne. Ces échanges peuvent être animés, voire tendus, car les pays défendent des positions politiques et des priorités divergentes. Les formulations relatives à la santé et aux droits sexuels et reproductifs, à l’identité de genre et à la protection des droits de la personne font souvent l’objet de vifs débats, et des modifications peuvent être proposées tout au long du processus.

Les négociations de cette année ont marqué une rupture importante avec la pratique de longue date, puisque, pour la première fois dans l’histoire de la Commission, les conclusions concertées ont été adoptées par vote plutôt que par consensus. Cette situation fait suite aux modifications proposées par les États-Unis visant à supprimer les références à la santé et aux droits sexuels et reproductifs, ainsi que d’autres formulations établies en matière de droits de la personne. Le rejet de ces modifications a conduit les États-Unis à demander la tenue d’un vote.

En marge des négociations, les organisations de la société civile ont assuré une présence forte et coordonnée, soulignant le lien entre les instances mondiales et l’engagement local. Des OSC canadiennes se réunissaient quotidiennement pour faire le point sur les développements en cours, analyser les tendances émergentes et harmoniser leurs messages et leurs approches. Les membres de la délégation canadienne ont communiqué leurs observations sur les négociations, en collaboration avec des représentantes et représentants du réseau Beijing+30, afin d’informer la société civile canadienne en temps réel. Vicky Smallman, directrice nationale du service de la condition féminine et des droits de la personne du Congrès du travail du Canada, a notamment joué un rôle clé en diffusant ses réflexions en temps réel sur son compte BlueSky, offrant ainsi un aperçu accessible et immédiat de l’évolution des débats. 

Faire face à la montée des mouvements antiféministes et anti-droits 

Une séance consacrée à la montée des forces anti-droits s’est révélée particulièrement instructive. Reflétant des perspectives régionales, mondiales et LGBTQ+, le panel a exploré différentes approches pour contrer la progression des discours anti-droits et d’extrême droite. Une intervenante a notamment souligné l’importance de mobiliser les hommes et les garçons de manière significative dans les efforts en faveur de l’égalité des genres. Elle a insisté sur la nécessité pour les mouvements féministes de dépasser les approches cloisonnées et de les considérer non seulement comme des alliés, mais aussi comme des acteurs du changement, en reconnaissant que l’égalité des genres profite à l’ensemble de la société.

Un autre point marquant de la séance portait sur le financement et le renforcement des mouvements. Les panélistes ont souligné que les opposants aux droits investissent dans des infrastructures à long terme pour soutenir leurs objectifs, alors que les mouvements féministes peinent souvent à accéder à des financements comparables et flexibles. Cela met en évidence la nécessité de mieux coordonner les efforts au sein du secteur et de favoriser des investissements plus stratégiques et durables pour appuyer l’action collective.

Séances et interventions marquantes

Rencontre avec le secrétaire général des Nations Unies

Une séance particulièrement marquante a été la rencontre avec le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, qui a proposé une réflexion franche sur les défis auxquels est confronté le système multilatéral. Il a reconnu l’existence d’obstacles persistants à la participation à la CSW, dont les contraintes financières, les difficultés d’obtention de visas et les préoccupations en matière de sécurité, soulignant que, malgré tous les efforts déployés, cet espace reste inaccessible à de nombreuses personnes et n’est donc pas pleinement représentatif.

Un grand sentiment de solidarité et d’urgence se dégageait des échanges. Il s’agissait de la dernière assemblée publique organisée sous la direction actuelle de la Commission, qui s’est terminée dans l’espoir que la prochaine session puisse accueillir une secrétaire générale, signe d’une avancée continue en matière de représentation féminine aux plus hauts échelons décisionnels.

Répondant aux questions sur la manière dont l’ONU peut préserver sa légitimité dans un contexte mondial de plus en plus autoritaire, le secrétaire général s’est tourné vers l’auditoire. Il a indiqué que de nombreuses personnes peuvent se sentir limitées ou privées de leviers d’action formels, tout en soulignant que l’influence réelle repose sur l’action collective. Il a affirmé que les quelque 3 000 personnes présentes à la CSW sont une puissante force pour le changement, et que la mobilisation citoyenne sera plus essentielle que jamais pour faire progresser l’égalité des genres à l’échelle mondiale.

En route vers Madrid : consolider l’élan en faveur de la politique étrangère féministe 

Une séance intitulée « En route vers Madrid » a mis en évidence l’intérêt croissant pour la politique étrangère féministe (PEF) à l’échelle internationale, à l’approche de la 5e Conférence ministérielle sur la politique étrangère féministe et l’égalité des genres, qui se tiendra à Madrid les 2 et 3 juin 2026. Les échanges ont souligné une évolution vers des approches plus inclusives et intersectorielles, ainsi que l’importance du rôle de la société civile dans l’élaboration des priorités. La France, qui avait accueilli la conférence précédente, a été citée comme un exemple à suivre, ayant fondé son approche sur une vaste consultation de la société civile et ouvert sa déclaration politique aux contributions. Malgré les risques politiques associés à cette démarche, celle-ci a permis de rallier 31 pays et a été présentée comme un modèle de transparence et d’ambition.

Les préparatifs se poursuivent en accordant une attention particulière à la participation significative de la société civile. Les participantes et participants ont souligné la nécessité d’aller au-delà d’une inclusion symbolique pour assurer une réelle participation, en particulier pour les acteurs locaux et de première ligne, souvent exclus malgré leur rôle essentiel dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques. Pour les responsables des relations gouvernementales et des politiques, il s’agit d’une occasion importante de se mobiliser rapidement, de clarifier les priorités et de plaider en faveur de processus inclusifs qui tiennent compte à la fois des réalités locales et mondiales.

Tout au long de la séance, une évolution claire s’est dégagée : un passage du multilatéralisme traditionnel vers des approches plus inclusives et multipartites, où la société civile joue un rôle accru dans la définition des priorités et les mécanismes de redevabilité. Le Mexique a été cité comme un exemple marquant, en tant que premier pays du Sud à adopter une politique étrangère féministe, illustrant l’importance d’une approche intersectorielle et d’un leadership partagé. Dans l’ensemble, cette séance a confirmé que l’avancement de la politique étrangère féministe passera par le développement des partenariats, le renforcement des mécanismes de redevabilité et une volonté de repenser les modes d’élaboration des politiques, en particulier dans un contexte d’incertitude et de reculs politiques croissants.

Notre point de vue

Notre participation à la CSW à New York nous a permis d’observer de près l’état des efforts mondiaux en faveur de l’égalité des genres et d’en dégager un constat lucide, parfois préoccupant. Au fil des négociations officielles, des événements parallèles et des échanges informels, un portrait clair s’est dessiné : celui d’un mouvement façonné par l’évolution des rapports de force et des réalités en matière de financement, ainsi que par la polarisation idéologique croissante. Parallèlement, un fort sentiment de résilience et de détermination s’est fait sentir. La société civile et les acteurs de terrain continuent de jouer un rôle de premier plan, en s’adaptant et en se mobilisant face à des défis croissants. Les réflexions qui suivent mettent en lumière à la fois les contraintes auxquelles nous devons faire face et les possibilités à saisir.

On dispose désormais d’un cas révélateur : celui de mouvements anti-droits qui bénéficient de financements à long terme pour soutenir leur organisation et leurs actions. Alors que ces mouvements ont su se mobiliser tant en nombre qu’en ressources, la question des modèles de financement soutenant les efforts en faveur de l’égalité des genres est revenue de manière récurrente au fil des séances. De nombreuses personnes ont souligné que les approches fondées sur des financements à court terme et par projet sont insuffisantes. Elles ne laissent souvent pas le temps de produire des résultats significatifs et durables, ce qui complique l’accès à un financement continu. Il en résulte un cercle vicieux dans lequel les organisations sont contraintes de produire des résultats sans disposer du temps ni des ressources nécessaires pour y parvenir.

Cela dit, les défis ne se limitent pas aux modèles de financement. Au fil des séances, un appel clair s’est dégagé en faveur d’un décloisonnement du mouvement pour l’égalité des genres. Des enjeux comme la santé, la nutrition, l’éducation ou l’autonomisation économique sont encore trop souvent abordés séparément, alors qu’ils sont étroitement liés. Il devient essentiel de renforcer la collaboration et la cohérence entre les secteurs, en reconnaissant que des avancées dans un domaine peuvent en entraîner dans d’autres. Il sera essentiel de consolider ces liens pour parvenir à des résultats globaux et durables pour les femmes et les filles. Pour renforcer notre résilience, nous devons collaborer activement avec des personnes qui ont des approches et des points de vue différents. C’est à cela que ressemble un véritable travail de coalition.

Cette approche est plus importante que jamais, car nous ne pouvons plus compter sur les institutions vers lesquelles nous nous tournions traditionnellement, en particulier au sein du système des Nations Unies, comme principaux moteurs de progrès. Comme cela a été souligné lors de la rencontre avec le secrétaire général, les représentantes et représentants sont de plus en plus soumis à une pression autoritaire croissante. Si les critiques à l’encontre de l’ONU, considérée comme une vaste bureaucratie, remontent à plusieurs décennies, nous sommes aujourd’hui confrontés à ses limites en temps réel. Dans ce contexte, on observe un déplacement du pouvoir vers la société civile et les organisations de terrain. Une fois de plus, l’action citoyenne est reconnue pour son rôle rassembleur, sa capacité à créer un esprit communautaire et à susciter une large adhésion.

La société civile n’a jamais été passive. Elle a toujours été à l’origine de l’action. Elle n’a jamais cessé de s’organiser, de se mobiliser et de faire avancer les choses. Ce que la situation actuelle exige, ce n’est pas de se réinventer, mais de se réorganiser en mettant à profit l’ensemble de nos outils, de notre expérience et de nos partenariats pour faire face à un défi doté de moyens considérables.

On peut citer comme exemple récent d’action collective le rôle de premier plan joué par les organisations féminines au Canada. Au début de 2025, aucun poste de ministre des Femmes et de l’Égalité des genres n’avait été prévu lors de la formation du gouvernement. Face à cette situation, plus de 400 organisations de la société civile se sont mobilisées pour plaider en faveur d’un leadership politique fort, ainsi que de financements et d’investissements durables en matière d’égalité des genres. Grâce à ce plaidoyer soutenu, ce poste ministériel a été rétabli en mai 2025, et Rechie Valdez a été nommée à cette fonction.

Depuis, le ministère des Femmes et de l’Égalité des genres continue de bénéficier d’investissements fédéraux et demeure une priorité. Dans le cadre des récents examens budgétaires, il est d’ailleurs soumis à des cibles de réduction des dépenses moins élevées que la plupart des autres ministères. Lors de la réception canadienne à la CSW, la ministre Valdez a réaffirmé l’engagement du Canada en faveur de l’égalité des genres, en soulignant que « les progrès sont plus importants lorsque nous avançons et évoluons ensemble », rappelant ainsi l’importance de la collaboration et de l’action collective, tant au Canada qu’à l’international.

Malgré ces avancées, au sud de la frontière, la pression s’intensifie pour faire reculer les progrès réalisés. Le fait que les négociations sur le document final de la CSW aient donné lieu à un vote, une première dans ce contexte, met en lumière deux dynamiques. D’une part, une polarisation et des tensions accrues autour d’enjeux tels que la santé et les droits sexuels et reproductifs, la définition de la famille et la reconnaissance des femmes dans toute leur diversité. D’autre part, un appui solide au maintien des formulations déjà convenues (tous les États membres sauf un ayant voté en leur faveur) montre que ces acquis continuent d’être défendus.

Dans ce contexte, s’enfermer dans des positions polarisées n’est pas tenable à long terme. Pour continuer à avancer, il faudra redoubler d’efforts pour se retrouver autour d’objectifs communs, consolider les alliances et veiller à ce que des approches inclusives et fondées sur des données probantes restent au cœur des efforts mondiaux en faveur de l’égalité des genres. Nous devons mobiliser l’ensemble des leviers à notre disposition.

Cela suppose aussi de reconnaître la dimension profondément humaine de ces enjeux. Notre travail est d’abord axé sur les personnes. Cette même approche peut aussi être nécessaire pour entrer en dialogue avec celles et ceux qui s’opposent à nous. Elle peut sembler idéaliste, mais lorsqu’elle s’appuie sur des données solides, une réflexion stratégique et une compréhension partagée de notre humanité, elle contribue à apaiser les tensions et à ouvrir la voie au dialogue.

Le travail de Daryl Davis en est un parfait exemple. Musicien noir né dans les années 1950, il a passé des décennies à parler directement avec des membres du Ku Klux Klan, qui rejetaient non seulement ses convictions, mais aussi son identité. En nouant des liens et en engageant le dialogue, il a aidé des centaines de personnes à quitter des groupes extrémistes, démontrant que la rencontre, l’échange et le lien humain peuvent ébranler des convictions profondes. Aider une seule personne à voir les choses autrement peut avoir une influence sur des communautés entières et sur les générations futures.

Si cette approche ne s’applique pas à toutes les situations, elle met en évidence un élément essentiel : les progrès reposent non seulement sur le plaidoyer et les données probantes, mais aussi sur notre capacité à dialoguer malgré nos différences, à remettre en question certaines idées reçues et à créer des conditions propices au changement.

Lectures et vidéos complémentaires

Publié:

15 avril 2026


Auteur:

CanSFE


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