Depuis plusieurs années, on compare les données à l’or noir. L’image est parlante, mais elle reste partielle. Le pétrole, à lui seul, n’a pas de valeur. Il devient utile seulement lorsque des sociétés savent le raffiner, le distribuer et l’exploiter. Il en va de même pour les données. Leur valeur ne tient pas à leur volume, mais à notre capacité de les interpréter et d’agir en conséquence.
En ce sens, la prospérité à l’ère numérique repose moins sur les données que sur la littératie numérique.
Une société peut produire d’importantes quantités de données, investir dans l’intelligence artificielle et participer aux marchés numériques mondiaux. Toutefois, si la population ne dispose pas des compétences nécessaires pour analyser l’information, remettre en question les résultats et utiliser la technologie avec esprit critique, les avantages que confèrent ces systèmes restent l’apanage d’une minorité. La croissance est possible, certes, mais elle ne profite pas à l’ensemble de la population. La littératie numérique change la donne. Elle permet de passer du statut de simple utilisateur de technologies à celui de participant actif à leur développement. Elle renforce la capacité d’évaluer l’information, d’anticiper les risques et de prendre des décisions éclairées dans des environnements de plus en plus régis par des algorithmes.
La littératie numérique est particulièrement importante pour les femmes et les filles.
Dans de nombreux contextes, les femmes et les filles font face à des obstacles structurels qui limitent leur accès à l’éducation, aux outils numériques et aux espaces de décision. Par conséquent, elles sont souvent exclues non seulement de la conception des technologies émergentes, mais aussi des connaissances nécessaires pour s’en servir. Il ne s’agit pas seulement d’une question de représentation. Il s’agit de savoir qui a la capacité de tirer parti de l’économie numérique et de l’influencer.
Lorsque les femmes et les filles développent leur littératie numérique, toute la société en profite. Les ménages gagnent en résilience économique, les communautés accèdent plus facilement aux services et à l’information, et les économies locales se développent à mesure que la participation s’accroît. Ces effets sont cumulatifs et intergénérationnels.
C’est pourquoi la littératie numérique doit être considérée non seulement comme une priorité pédagogique, mais aussi comme une stratégie de développement.
La coopération internationale a largement misé sur les infrastructures et la connectivité pour réduire les fractures numériques. Ces investissements sont essentiels, mais insuffisants. La connectivité sans littératie ne renforce pas le pouvoir, elle favorise la dépendance. L’accès à la technologie doit aller de pair avec la capacité de l’utiliser de manière critique et éclairée. Il en va de même pour l’intelligence artificielle. À mesure que les gouvernements et les institutions s’appuient sur ces systèmes pour orienter leurs décisions dans des domaines tels que les services publics, les finances et la gouvernance, comprendre leur fonctionnement devient indispensable. Sans cela, les mécanismes de transparence et de reddition de comptes échappent précisément à celles et ceux qui en subissent le plus les conséquences.
La littératie numérique n’est pas un enjeu périphérique. C’est une infrastructure immatérielle essentielle, qui détermine si le progrès technologique favorise une croissance inclusive ou creuse les inégalités existantes.
Les implications pour l’égalité des genres sont sans équivoque. Si les femmes et les filles ne sont pas aussi outillées que les hommes pour comprendre et utiliser les systèmes numériques, elles risquent d’être encore plus exclues des occasions économiques, politiques et sociales qu’ils engendrent. À l’inverse, leur inclusion produit des effets qui ne sont pas marginaux, mais profondément transformateurs.
C’est là que le discours selon lequel les données sont le nouvel or noir montre ses limites. Les données ne sont pas, à elles seules, le moteur du développement. Ce sont les personnes qui le rendent possible. Les pays et les communautés qui prospéreront au cours des prochaines décennies ne seront pas simplement ceux qui produisent ou contrôlent le plus de données, mais ceux qui investissent dans le développement des compétences numériques de leur population, afin qu’elle puisse comprendre les technologies qui structurent la vie contemporaine, les remettre en question et contribuer à leur évolution.
L’avenir de l’économie numérique ne dépend pas des données, mais de celles et ceux qui savent les utiliser.
Divya Sharma milite en faveur des politiques en matière de littératie en IA et est ambassadrice de l’initiative U-Report de l’UNICEF. Elle a participé au Forum politique de haut niveau des Nations Unies en tant que membre de la délégation officielle du Canada, et à la Commission de la condition de la femme dans un rôle relevant de la société civile. Elle siège également aux conseils d’administration de la Nellie McClung Foundation, du Manitoba Council for International Cooperation et du UNA-Canada SDG Council.
Publié:
27 avril 2026
Auteur:
Divya Sharma
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