Délégation du CanSFE à l’ICFP : cinq questions à Colleen Dockerty

Du 3 au 6 novembre 2025, la communauté internationale s’est réunie à Bogotá, en Colombie, à l’occasion de la Conférence internationale sur la planification familiale (ICFP) 2025, afin d’échanger des connaissances, de renforcer les partenariats et de faire avancer la santé et les droits sexuels et reproductifs, ainsi que l’égalité des genres à l’échelle mondiale. Le CanSFE a eu le privilège d’y participer et de permettre à des jeunes et à des représentant·es d’organisations membres d’en faire autant. L’entrevue qui suit fait partie d’une série de conversations avec des membres de la délégation du CanSFE. Découvrez tous les témoignages de la délégation sur Écrire pour prospérer.

Pourquoi vouliez-vous participer à la Conférence internationale sur la planification familiale 2025? Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire partie de la délégation du CanSFE?

Je voulais participer à l’ICFP 2025 pour m’imprégner de l’énergie collective, de la passion et de l’expertise de personnes engagées à améliorer l’accès à la contraception et à la santé et aux droits sexuels et reproductifs (SDSR) à l’échelle mondiale. Cette conférence réunit des milliers de militantes et militants, de défenseuses et défenseurs, de responsables de programmes, de chercheuses et chercheurs, de responsables politiques, d’ONG et de représentantes et représentants gouvernementaux provenant de plus de 100 pays. Je souhaitais y découvrir les dernières tendances, recherches, innovations et pratiques exemplaires, tout en établissant des liens avec d’autres personnes animées par le même engagement envers la SDSR. 

Il était particulièrement important pour moi de faire partie de la délégation du CanSFE. La communauté canadienne de la SDSR est petite, mais puissante. Je voulais tisser des liens avec mes collègues, apprendre de leurs expériences, renforcer la collaboration et contribuer à une voix canadienne plus cohérente et concertée en faveur de la SDSR pour toutes et tous.

Y a-t-il quelque chose qui, pendant l’ICFP, a changé votre perspective sur un sujet? Avez-vous entendu des propos qui ont bousculé vos idées ou qui vous ont amenée à revoir votre position?

Le thème récurrent de l’avortement autogéré m’a permis de voir les choses sous un nouvel angle. On parle d’avortement autogéré lorsqu’une personne choisit de mettre fin à sa grossesse en prenant des médicaments de manière sécuritaire, chez elle ou dans un autre lieu où elle se sent à l’aise, sans se rendre dans un établissement de santé et sans être directement suivie par un·e professionnel·le de la santé. Cette approche, lorsqu’elle s’accompagne d’informations fiables et d’un soutien adéquat, redonne à la personne concernée le plein pouvoir sur son corps et son expérience. 

Les systèmes de santé doivent reconnaître les nombreux obstacles qui compliquent l’accès à un avortement sécuritaire : la peur de la stigmatisation, le manque d’intimité, les lourdeurs administratives et, dans certains contextes, les restrictions juridiques. Même si les systèmes de santé peuvent avoir tendance à résister au changement et chercher à garder le contrôle, ils doivent le céder. Les gens ont déjà commencé à prendre leur santé en main. Partout dans le monde, des militant·es féministes, notamment les acompañantes en Amérique latine, se mobilisent pour créer un accès à l’avortement autogéré, avec ou sans l’appui des systèmes juridiques et de santé. Cette réalité a bousculé mes idées préconçues sur ce qui permet réellement de faire bouger les choses. 

Les programmes ont présenté les initiatives mises en place pour favoriser un accès à l’avortement autogéré sécurisé. Des plateformes numériques de santé et des lignes d’assistance téléphonique ont été créées, et des réseaux communautaires ont été formés pour aider leurs proches à obtenir la pilule abortive en pharmacie, et à leur fournir des informations fiables sur l’utilisation sécuritaire de ces médicaments. 

Il a été clairement démontré que les systèmes de santé doivent suivre l’exemple des mouvements féministes, et non l’inverse.

Si vous deviez décrire l’ICFP en trois mots, quels seraient-ils?

Inspirante. Étoffée. Internationale.

S’il y avait une citation entendue lors d’un panel ou d’une séance que vous pourriez apposer sur votre ordinateur ou votre téléphone, laquelle choisiriez-vous?

« L’avortement est plus sécuritaire que le Viagra et le Tylenol, et il devrait donc être plus accessible que ces médicaments, et non l’inverse. » Dre Rebecca Gomparts, fondatrice de Women on Web

Qu’est-ce qui vous a le plus surprise pendant la conférence?

Une étude menée en Ouganda sur les pratiques d’avortement chez les réfugiées révèle des données surprenantes. De nombreuses femmes ont recours à des avortements non sécurisés, ce qui souligne l’urgence d’améliorer l’accès à des services d’avortement sécurisés en contexte humanitaire. L’étude met en lumière l’utilisation fréquente de plantes médicinales traditionnelles pour interrompre une grossesse, des méthodes souvent efficaces, mais qui comportent aussi des risques de complications. Ces résultats remettent en question l’idée largement répandue selon laquelle les plantes médicinales traditionnelles seraient inefficaces. 

Bien que les données scientifiques sur leur efficacité et leur sécurité demeurent limitées, l’étude souligne l’existence d’un savoir ancien lié à l’autonomie reproductive. 

Elle suggère que certaines plantes pourraient avoir un potentiel abortif, tout en insistant sur la nécessité de mener davantage de recherches pour mieux comprendre les plantes utilisées, leurs modes d’action et leur degré de sécurité et d’efficacité. 

L’étude ouvre aussi une piste prometteuse : établir des liens avec les herboristes et guérisseuses traditionnelles, qui sont souvent des personnes de confiance pour les femmes cherchant à avorter. Ces personnes pourraient fournir de l’information fiable et orienter les femmes vers des médicaments abortifs sécurisés. Cela contribuerait à renforcer l’accès communautaire à des services d’avortement sécurisés en contexte humanitaire.Suivez Colleen sur LinkedIn!

Publié:

16 décembre 2025


Auteur:

Colleen Dockerty


Catégories:


Partager cette publication:


Icon