Du 3 au 6 novembre 2025, la communauté internationale s’est réunie à Bogotá, en Colombie, à l’occasion de la Conférence internationale sur la planification familiale (ICFP) 2025, afin d’échanger des connaissances, de renforcer les partenariats et de faire avancer la santé et les droits sexuels et reproductifs, ainsi que l’égalité des genres à l’échelle mondiale. Le CanSFE a eu le privilège d’y participer et de permettre à des jeunes et à des représentant·es d’organisations membres d’en faire autant. L’entrevue qui suit fait partie d’une série de conversations avec des membres de la délégation du CanSFE. Découvrez tous les témoignages de la délégation sur Écrire pour prospérer.
Pourquoi vouliez-vous participer à la Conférence internationale sur la planification familiale 2025? Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire partie de la délégation du CanSFE?
Issue d’un milieu racialisé et croyant, j’ai toujours été interpellée par les enjeux liés à la santé et aux droits sexuels et reproductifs (SDSR), et par les répercussions qu’ils peuvent avoir sur des personnes ayant des parcours similaires au mien. J’ai acquis de l’expérience, tant professionnelle que bénévole, dans des domaines liés à la SDSR, à la santé mondiale et à l’équité en santé. Toutefois, je n’ai pas encore eu l’occasion d’évoluer dans un milieu où ces questions sont abordées dans toute leur complexité.
La planification familiale, en tant que volet de la SDSR, est un concept relativement nouveau pour moi. J’avais hâte d’approfondir mes connaissances à ce sujet auprès de spécialistes venant des quatre coins du monde.
En faisant partie de la délégation du CanSFE, j’ai pu rencontrer des personnes animées par la même passion pour la SDSR, tant à l’échelle nationale qu’internationale. Cette expérience m’a aussi donné l’occasion d’apprendre directement auprès de professionnel·les œuvrant dans ce domaine.
Y a-t-il quelque chose qui, pendant l’ICFP, a changé votre perspective sur un sujet? Avez-vous entendu des propos qui ont bousculé vos idées ou qui vous ont amenée à revoir votre position?
Les séances consacrées aux mouvements pronatalistes et anti-droits, ainsi qu’à leurs répercussions sur la SDSR à l’échelle mondiale, ont particulièrement retenu mon attention. Même si je connaissais déjà cet enjeu et son lien avec la baisse des taux de fécondité, ce n’était pas quelque chose qui me préoccupait particulièrement. Ces échanges m’ont permis de mieux comprendre à quel point ce phénomène est présent dans le secteur du développement international. J’ai découvert ses différentes manifestations, allant d’incitatifs financiers pour encourager la natalité (qui, en réalité, ne donnent pas les résultats escomptés) à l’interdiction des moyens de contraception, parfois soutenue activement par les gouvernements.
Lors d’une séance sur ce sujet, j’ai découvert les prochaines directives de l’OMS sur l’infertilité, ainsi que les façons dont elles peuvent être mises à profit pour soutenir les personnes qui souhaitent avoir des enfants, mais qui ont de la difficulté à concevoir. Cette discussion m’a amenée à réfléchir : même à une époque où les droits reproductifs sont menacés, nous risquons aussi, sans le vouloir, de laisser certaines personnes de côté. Pour que la planification familiale progresse réellement, nous devons défendre toutes les composantes du Cadre de la justice reproductive, sans laisser personne miner notre travail.
Si vous deviez décrire l’ICFP en trois mots, quels seraient-ils?
Chargée. Riche. Inspirante.
Comment avez-vous choisi les événements et les activités qui seraient les plus utiles ou pertinents pour vous?
J’ai choisi de participer à des séances qui me sortaient de ma zone de confort. J’avais de l’expérience en SSR auprès de certaines populations, comme les immigrant·es et les jeunes, mais je souhaitais combler quelques-unes de mes lacunes. Avec autant de séances offertes en parallèle, le choix n’était pas facile à faire, mais je n’ai pas regretté mes décisions!
La séance sur les nouveaux outils et approches en matière de SDSR m’a été particulièrement utile, puisque je fais mes premiers pas dans le domaine du suivi et de l’évaluation. C’était fascinant de constater à quel point les méthodes de collecte de données ont évolué. Il y a aussi une séance sur les politiques en santé reproductive à laquelle je ne comptais pas assister au départ, mais qui m’a véritablement ouvert les yeux sur la façon dont le plaidoyer peut mener à des changements législatifs concrets.
Y a-t-il une personne ou une organisation que vous étiez particulièrement impatiente de rencontrer ou d’écouter en conférence?
Je ne peux pas dire qu’il y avait une personne ou une organisation en particulier que j’avais hâte de rencontrer, mais j’étais très enthousiaste à l’idée d’en apprendre davantage sur des sujets qui me tiennent à cœur. Le sous-comité sur la foi a organisé, la veille de la conférence, une journée de discussions sur le rôle de la foi dans la SDSR, l’influence des leaders religieux sur les programmes, et la place qu’ils occupent au sein de leurs communautés. En tant que musulmane, je suis consciente de l’influence de ma foi sur ma compréhension de la SDSR. Toutefois, au fil des échanges, j’ai compris à quel point je connaissais peu le rôle que la foi joue dans la planification mondiale en la matière. J’ai découvert l’ampleur du travail déjà accompli, dont je n’avais pourtant jamais entendu parler. Les discussions sur la décolonisation des programmes mondiaux et sur la collaboration interconfessionnelle m’ont poussée à réfléchir, en exposant certains de mes biais inconscients. Cette expérience m’a amenée à revoir ma propre posture dans ces espaces, en tant que Canadienne, femme noire et musulmane, ainsi qu’aux privilèges associés à ces identités croisées.
Dernières réflexions
Tout au long de la conférence, l’importance du langage et des messages transmis est revenue de façon constante. Dans les séances sur la foi, l’ancrage religieux servait à créer un espace plus sécurisant pour aborder les enjeux de SDSR, et pour veiller à ce que les textes sacrés ne soient pas mal interprétés. Lorsque j’ai demandé comment éviter que des personnes mal intentionnées récupèrent la recherche sur l’infertilité au profit du mouvement pronataliste, on m’a répondu qu’il était essentiel d’assumer ouvertement nos intentions et nos objectifs. Lors de la séance sur le pronatalisme et les mouvements anti-droits, j’ai appris que certains termes servent à détourner un enjeu bien réel (la baisse du taux de natalité) pour justifier des « solutions » qui, en réalité, nuisent à la majorité des gens, sinon à tout le monde. Même les discussions sur les nouveaux outils de mesure en SDSR ont souligné que si les participant·es ne comprennent pas clairement ce qu’on leur demande, les résultats peuvent être inexacts ou partiels. La communication peut réellement assurer (ou compromettre) le succès de toute initiative en SDSR. C’est une leçon qui, j’en suis convaincue, m’accompagnera tout au long de ma carrière… et de ma vie.
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Publié:
16 décembre 2025
Auteur:
Zara Ahmed
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